Inde – Derniers jours sur Delhi

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Dernier jour en Inde, l’heure est au bilan.

Avant de me lancer dans cette aventure, je m’étais un tout petit peu informé sur chacun des pays que je pensais traverser – pas trop non plus, l’idée étant d’en découvrir un maximum sur place.

Concernant l’Inde, les avis étaient partagés, mais une phrase m’est restée en mémoire tout ce temps : « l’Inde, tu l’aimeras ou tu la détesteras, mais elle ne te laissera pas indifférent ».

Je crois que c’est un plutôt bon résumé de mon état d’esprit.
Un sentiment de dégoût domine quand même, après ces 3 semaines et dans le pays. Une sorte d’arrière-goût amère, qui persiste et qui pique la bouche comme après un thalli épicé.

Peut être ma première (mauvaise) impression qui n’a jamais vraiment été dissipée.
En effet, l’arrivée à la frontière, chaotique, et ce mélange de bruit, de pollution, de poussière et de saleté n’étaient qu’un avant-goût de mon séjour – bien loin du pays des maharadjas dont je rêvais petit en lisant Tintin et encore loin du Bollywood que ma sœur affectionne tant.

La première nuit à Gorakhpur, je crois que je m’en souviendrai longtemps.
L’angoisse d’arriver de nuit dans un endroit inconnu, le choc devant la gare routière, ou les hôtels s’alignent le long d’une avenue surchargée de monde, des gens, des vaches, des chiens, tous évoluant dans le caniveau, la crasse et la gaz d’échappements, comme si de rien n’était.
Débarquer dans un hôtel miteux, 500 roupies pour la nuit et poser son sac dans une chambre mal éclairée, sale, à la salle de bain insalubre envahie par les moucherons, fourmis sur les murs et ce bruit… Ce bruit qui n’en finit pas. Les klaxons, les voix, les scooters débridés, et ces conversations dans le couloir.
Une sensation étrange d’insécurité qui vous envahit, qui vous angoisse.
Sortir prendre l’air ? Impossible, trop de gens, trop de pollution, l’air ici est irrespirable.
Pas d’appétit, quelques biscuits et de l’eau font l’affaire.
Sortir le sac de couchage, les draps sont tachés, sales, troués.
S’allonger, ne plus bouger, essayer de fermer l’œil, de ne pas penser et ce bruit, ce bruit infernal qui n’en finira jamais.
Se réveiller, toutes les heures et se lever, enfin, à 7h.
Avaler 3 biscuits et partir d’ici au plus vite.

J’ai des flashs de cette nuit, je me revois fixer le ventilo au plafond à me demander ce que je fais dans ce pays.
J’ai déjà ressenti lors de certains voyages et cette sensation s’évanouit le lendemain, après une bonne nuit de sommeil. Encore faut il réussir à dormir…
Mais en un sens, cette première nuit pourrait résumer les 3/4 de mon séjour ici.

Les choses importantes, quand je voyage sont : trouver de quoi se loger, de quoi manger et de quoi se déplacer.
Ce n’est jamais très compliqué, d’habitude, mais ici, c’était parfois le parcours du combattant.

Très peu d’indications, une circulation routière chaotique, des indiens pas très chaleureux – et comme l’anglais n’est pas très utilisé, c’est compliqué. Et cette sensation, toujours, d’être entubé.
C’est dingue, peu importe ce que tu fais, que tu paies ou non, l’indien ne peut s’empêcher de parler à son pote – forcément tu ne comprends rien – en se marrant.
Du coup, tu te méfies, de tout, de tout le monde.

Mon seul point de repère, au final, seront les étrangers.
En cas de doute, tu les suis, tu leur demandes.
Tout au long de ces 3 semaines, l’indien restera une menace constante. Celui qui m’observe, l’air mauvais, qui me bouscule sans s’excuser, qui m’accoste et m’importune – pour du chit, de la thune – qui m’arnaque, me roule et se débarrasse de moi d’un geste de la main.

Plus qu’une impression, une conviction : l’indien ne respecte rien, ni personne.

Je me revois encore à l’aéroport de Shanghaï, 4 ans plus tôt, choqué de voir les chinois cracher dans l’aéroport et laisser leur détritus par terre.
Ici, c’est pire ! Partout on jette le superflus par terre, on crache, partout, on s’arrête en plein rue pour pisser contre un mur, pour chier aussi accroupi par terre, devant les passants, les voitures, les chiens etc. sans gêne, sans honte.

Tout ça choque au début. On ne comprend pas comment, ni pourquoi mais on finit par s’y faire, sans jamais s’y habituer.
Un peu comme les klaxons et le bordel urbain. Tu commences à faire abstraction et tu avances. Tu observes à ton tour, ces gens, ces villes et tout se qui s’y passe.

Tu vois les gosses, sales, pieds nus, qui jouent avec des cerfs volants sur les bords du Gange. Tu te prends les pieds dans les fils qui traînent par terre, partout sur les ghats. Tu découvre l’horreur aussi, ces gens qui se lavent – et lavent leurs gosses – dans ce fleuve dégueulasse dans lequel d’autres jettent leurs déchets, pissent et où même les vaches se baignent.
Ce fleuve où, plus haut, on brûle les morts pour ensuite y jeter leurs cendres.
Tu te rappelles l’odeur du cadavres cramé, les silhouettes de corps humains, sous les flammes, ce pied qui dépasse et cet homme qui tape dessus pour le casser et le remettre dans les flammes.

Tu revois les bords du fleuve, de nuit, depuis le bateau. Cette balade pépère, longeant les ghats, traversant les bougies flottantes, entouré par les chauves souris.

Et l’odeur de cannelle des tartes aux pommes, le goût frais du lassi banane du Blue Lassi Shop, le brunch au Brown Bread Factory, sur le rooftop, la musique indienne zen dans les oreilles.

Et le train de nuit, jusqu’à Agra, ce trajet dans le bruit, le froid, à lutter contre les indiens – sans ticket – qui poussent tes pieds pour essayer de s’asseoir sur ta couchette.

L’arrivée à Delhi, où c’est moins violent que ce à quoi tu t’attendais, où les étrangers semblent « possédés ». Arborant des habits « indiens » – qu’aucun indien ne porte, soit dit en passant – drogués, enfumés ou juste au bout du rouleau.

Delhi, où tout est à l’image du pays, du presque.
Tout est presque fait, les bâtiments, les infrastructures tout est pratiquement fini. Pas tout à fait terminé, pas droit, mal peint, poussiéreux.
L’Inde, il faut la voir de loin, en myope, ne pas s’attarder sur les détails.

Revoir sa notion du propre, se contenter du presque.
Oublier l’hygiène occidentale, s’asseoir sur les dates de péremption aussi. Accepter de faire le tri dans l’assiette.
Accepter la misère, l’apprivoiser. Ne pas fermer les yeux, regarder. Ne plus s’apitoyer.
Repousser les mômes qui mendient – et s’agacer violemment contre ce gosse qui te harcèle sur 200 mètres, à la mosquée de Delhi – les vieillards, clochards, handicapés, mutilés, les momies aussi – ici, avoir l’expression « avoir la peau sur les os » prend tout son sens…

Et cette question qui te revient à chaque instant, comme une chanson de variété a la Patrick Juvet : où sont les femmes ?…
Pas ou peu dans les commerces, pas dans les rues, si ce n’est quelques vendeuses de fruit assises par terre. Il y a les écolières, les collégiennes, ci-et-là, mais où sont les femmes ?!
On m’avait dit que les indiennes étaient les plus belles femmes du monde.
Sûrement, mais je ne les ai pas vu…

Et puis il y aura Goa. Une oasis dans ce désert infecte et contagieux.
De belles plages, du beau temps, du calme. Les touristes, véritables clichés, entre les russes venus chercher la teuf et l’alcool pas cher, les israéliens, venus se détendre après leur service militaire et les européens, venus chiller et fumer en toute liberté.

Au final, je dirai que l’Inde, je l’ai beaucoup redouté, un peu aimé, tant détesté.
Pour un mec comme moi, un maniaque, rigoureux, ponctuel, honnête (autant que faire se peut), l’Inde est fascinante, de dégoût et d’intérêt.
Je suis content de partir, en toute honnêteté, de changer de décor.
Je ne vais ni conseiller ni déconseiller l’Inde aux voyageurs que vous êtes peut être, il faut sûrement la vivre soi-même pour se faire une idée.

Départ demain, pour la Thaïlande – et retrouver du bœuf au menu par la même occasion ^^
Aucune obligation avant fin mars, j’ai le temps de me poser (au Myanmar, au Laos, au Cambodge) avant de descendre en Australie. Au programme Bangkok, les plages du Sud et Chiang Mai, en fonction des envies.